Le Blanc de Hotot     par Jacques ARNOLD    Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973.

Historique
Depuis longtemps, il existe dans les campagnes des lapins blancs dont le tour des yeux est plus ou moins marqué d'un cercle de couleur, et possédant sur le corps, parfois, quelques taches. L'iris de l'œil de tels lapins est entièrement coloré ou partiellement dépigmenté. Tous ces lapins sont des panachés ou tachetés à dépigmentation déjà très accentuée.

Le Blanc de Hotot n'est qu'un degré d'expression de cette panachure au même titre, que le Husumer, dont il a été question avec le Blanc de Vienne, que le Chaplin rencontré dans les élevages de Papillon, ou que le lapin à lunette des campagnes de l'ouest. Le lapin de la Rochelle qui nous est décrit par le Professeur CORNEVIN dans son traité de zootechnie, comme lapin blanc aux yeux noirs, en est encore un autre exemple. Mme Bernhard, châtelaine du Calvados, qui possédait un grand élevage de lapins Géants et de Papillons, avec plusieurs centaines de cages au début du siècle, était alors désireuse de créer un lapin blanc aux yeux noirs. Elle entreprit tout d'abord des croisements entre lapins Papillons et différentes autres races de lapins blancs, Géant Blanc, Blanc de Vienne, etc...

Ces croisements ne donnèrent pas grand résultat si ce n'est des descendants tachetés, agoutis ou panachés par plaque. C'est alors que sur les conseils de J. LEMARIE, qui entreprenait à l'époque la création de son Grand Russe sans apport de races étrangères, et par hérédité directe croisée dans la race, terme consacré de cette époque, Mme Bernhard se résolut à travailler avec les seuls Papillons (Français) en ne conservant dans les portées que les sujets les plus décolorés.

D'après J. LEMARIE qui m'a longuement raconté les étapes de cette création, ce travail fut long, et ceci d'autant plus que les disjonctions héréditaires provoquaient d'importantes oscillations dans l'expression des marques, ce qui s'explique aisément dans ce genre d'hérédité polymérique, et du fait même que l'accouplement en famille ne s'accomplit avec des effets positifs que lorsque la parenté génétique se concrétise. Mme Bernhard cherchait au hasard des expositions les sujets les moins marqués pour les introduire dans son clapier expérimental. Cela partait d'une saine logique du point de vue aspect extérieur, mais retardait, par introduction de génotypes inconnus, la tendance vers la décoloration. On peut s'imaginer aujourd'hui du travail accompli et des nombreux accouplements qui permirent d'aboutir au Hotot tel que nous le connaissons de nos jours.

Les étapes de la décoloration passèrent par l'évanouissement des taches des flancs, l'attaque du Papillon avec le stade Chaplin. Les oreilles et la raie dorsale demeurant des lieux de forte résistance, malgré la scission rapide de la raie. J.J. LEMARIE me disait que la dernière marque du corps subsistant avec force à côté du tour des yeux était la tache plus ou moins étendue sur la queue. Mme Bernhard entreprit ensuite la décoloration du tour de l'œil avec plus ou moins de succès. Durant plusieurs années la châtelaine de Hotot-en-Auge, ne vendit pas de sujets, tant les portées étaient hétérogènes avec apparition de lapins tachetés. Ceci alla en s'estompant sans jamais disparaître, ce qu'a confirmé F. JOPPICH, qui a été à partir des années trente un grand éleveur de cette race.

A ses débuts (jusqu'à la grande guerre) ce lapin n'était pas connu sous son nom actuel. Dans son journal, Eugène MESLAY parle du Géant blanc aux yeux noirs de Mme BERNHARD. En 1920, la race est exposée à Paris sous le nom de Géant Blanc de Hotot. Ce n'est qu'à partir de 1923 que le Blanc de Hotot fait son apparition. Le standard établi par la créatrice fut acceptée par la commis­sion des standards de la S.F.C., le 13 octobre 1922. A noter que dans ce texte, il n'était pas question de bandes noires autour des yeux, mais de cils noirs et de paupières inférieures colorées de gris plus ou moins fauves.

Les expositions de Paris de 1923 à 1930 comportèrent environ dix sujets le maximum fut enregistré en 1927 avec 15 Hotot. De 1930 à la deuxième guerre mondiale, la race s'étiole dans notre pays.

C'est en Suisse où il fut introduit en 1927 que ce lapin trouva la meilleure audience, et Berne ainsi que sa région ont été depuis longtemps la « haute citadelle » de la race. En Allemagne, F. JOPPICH éleva sur une grande échelle le Hotot dont il apprécia particulièrement la fertilité et l'aptitude à produire de la viande. Mais c'est grâce au Dr KISSNER que depuis 1960 le Hotot s'est répandu quelque peu en Allemagne Fédérale. A Stuttgart en 1970, il y avait 62 Blancs de Hotot.

En Hollande, le Hotot a été recréé par l'expert bien connu, L. HAMAKER, de Haarlem, à partir de Lorrains et de Papillons Anglais légèrement marqués, par des accou­plement dits de « décoloration ». L'intérêt de ce travail qui fut explicité par l'auteur dans la revue Hollandaise « L'Eleveur de Lapin » du 31-5-1955, est qu'il confirma la méthode poursuivie au début du siècle par Mme Bernhard. JOPPICH, qui fut des années durant l'un des rares éleveurs de Hotot en Allemagne et qui a particuliè­rement étudié la race, a rendu un bel hommage au travail de Mme Bernhard, ce qui ne fut pas, hélas, le cas du chroniqueur Hollandais WITKAMP, qui en voulant faire davantage ressortir le beau travail de L. HAMAKER des années 1953-1954, n'hésita pas, dans un de ses articles sur la race, d'écrire que Mme Bernhard avait obtenu ses sujets par hasard. C'est là minimiser maladroitement et d'une façon fort déplaisante l'œuvre d'une grande cunicultrice, ce qui est tout simplement incorrect.

Nous avons signalé plus haut les différences existant entre le premier standard Français et l'actuel qui part d'une situation européenne généralisée, concernant la teinte du tour de l'œil. C'est que Mme Bernhard était arrivée volontairement à éliminer presque complètement le tour de l'œil coloré chez de nombreux sujets. D'après ce que m'en a dit J.J. LEMARIE, l'obtentrice tenait beau­coup à se débarrasser des lunettes, ce qui lui procurait beaucoup de difficultés alors. Dans son livre « La cuniculture illustrée », l'auteur Belge, W. Collier, citant le standard de l'époque fait une remarque intéressante.

« Nous avons vu des sujets primés, dont les cils et paupières formaient une lunette noirâtre ». C'est qu'en fait cette lunette réapparaissait fréquemment, et les Suisses l'ont très vite admise. Aujourd'hui le Hotot européen est un lapin à lunettes, ce qui l'a fait comparer par certains au Royal Normand, aujourd'hui disparu.

Caractères de race
La conformation assez trapue et arrondie laisse sou­vent à désirer actuellement. A cet égard, le type épais des animaux de Mme Bernhard devrait faire réfléchir les amateurs de cette race. Cette constatation dépasse nos frontières, et dans un article remarquable sur la race, le Hollandais C. GELEIN, éleveur et expert réputé, écrit dans « Avicultura » de décembre 1971 : « Une trop petite attention est faite au type. Beaucoup d'animaux sont trop minces d'épaules. Les pattes surtout les antérieures sont souvent faibles, les oreilles longues et pas bien formées... ». Cela est aussi vrai chez nous, ou beaucoup d'animaux manquent de développement. Attention donc à ce point qui ne doit pas être négligé.

La fourrure du Hotot est assez typique. Elle diffère de celle du Blanc de Vienne par un soyeux moins recherché, mais l'aspect givré étant capital. Elle doit donc être épaisse, souple et assez fine, ainsi que le demande le standard.

La marque des yeux a trait aussi bien à la couleur de l'iris qu'à celles des lunettes. L'iris brun noirâtre doit être exigé sans défaillance. Il est aussi néfaste d'avoir un œil brun pas assez foncé qu'un oeil taché ou hétérochrome. Les paupières et le tour de l'œil doivent être d'une belle tonalité noire, avec une délimitation aussi tranchée que possible sur le pelage blanc. Il est souvent difficile d'apprécier correctement la forme de la lunette, selon la disposition des poils. Ce qui compte surtout c'est sa régularité.

Les portées de Hotot causent bien des surprises aux débutants, et arrivent parfois à les rebuter, comme celles des lapins tachetés. Là encore c'est une question de généalogie contrôlée. Les résurgences de l'ancêtre Papillon se font moins sentir que par le passé, tout au plus peut-il apparaître de minuscules taches aux oreilles ou sur la queue.

Par contre, des animaux sans lunette ou avec une seule lunette se présentent dans les portées, au même titre que de mauvais Hollandais. Ces derniers vite repérés dans les nids peuvent être ainsi éliminés. Ils résultent vraisemblablement d'anciens croisements avec des populations, telles le Blanc de Vienne, dont on s'est servi pour tenter d'améliorer la conformation. Pour remédier à ces apparitions intempestives, il n'y a pas d'autres moyens que de suivre ses reproducteurs et de renouveler des accouplements qui ont donné satisfaction. Bien entendu, il convient d'éliminer tous les sujets indésirables, sans être tenté de travailler avec, pour une raison ou pour une autre. Là comme pour les Papillons, la simple sélection de masse n'apporte aucune contribution bienfaisante, et il ne faut jamais s'étonner qu'en achetant un reproducteur dont on ne connaît que son apparence, on obtienne des portées disparates. Dans d'autres populations, cela passe plus inaperçu que chez les lapins à dessin, mais la diversité génétique est la même, pour une foule d'autres caractères.

Image Mme Bernhard Mme Bernhard en 1914