Le Géant des Flandres Jacques ARNOLD Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973

Historique
Au début de notre siècle, les opinions ont continué à se passionner pour savoir s'il venait d'Amérique, voire de Patagonie, ou tout simplement de notre continent.

A titre anecdotique, relevons quelques avis d'anciens auteurs.

DEMUSSET, dans le Cours d'Agriculture de l'abbé ROZIER (1809) signalait l'arrivée du lapin Américain en Europe de fraîche date. C'était ce fameux lapin Patagonien, dont d'aucuns ont voulu faire ensuite l'ancêtre de nos Géants. Pierre MEGNIN, NAUDIN, de FOUCAULT acceptèrent dans la seconde partie du 19, siècle cette origine, et la défendirent.

Darwin, dans son célèbre ouvrage « De la variation des animaux et des plantes » rapporte que selon ALDROVANDI (1637), on élevait vers 1555, à Vérone des lapins quatre fois plus gros que les ordinaires d'après les dires de P. VALERANIUS. Le Professeur CORNEVIN qui reprend cette assertion dans son traité de Zootechnie (1895), en conclue : « Race (les Géants) sûrement d'origine euro­péenne, car en 1555, le nouveau monde n'avait que très peu de lapins... ».

Eugène MESLAY (1900) tranche en faveur de l'origine européenne, et plus précisément Flamande, ce qui est l'opinion des auteurs anglais et bien entendu belges. Les spécialistes cunicoles d'Outrequiévrain : P. BERTAUT, P. de KEGHEL et V. PULINCK-EEMANN font descendre le Géant des Flandres du Steenkonijn, ou lapin Agouti se rapprochant de notre garenne, et Louis Van Der SNICKT insistait dans ses écrits sur la tradition Gantoise qui exploitait sur une grande échelle ce lapin depuis des années. Les faubourgs de Gand étaient en effet un berceau de la race.

De nombreux amateurs, issus de la population mi-maraîchère, mi-industrielle avaient fondé des Sociétés d'Élevage, dont les noms assez singuliers : « Les Sans Peur », « Les Frères du Dimanche », « La Pucelle de Gand », les « Jeunes Commerçants », témoignent de tout un climat passionné, qui contribua certainement à dynamiser au plus haut point cet élevage. Ces Sociétés avaient des jours de réunion fixes où tous les membres devaient assister sous peine d'amende. Elles organisaient des Concours de Poids, individuels et par groupe, et bien entendu des présentations qui devinrent plus tard des expositions. Pour résumer toute cette ambiance particulièrement colorée et entraînante, citons le Juge A. Van den KERCKOVEN : « L'amateur de Géants a son estaminet où il ne rencontre, ne voit, ne cause, ne lit, ne mange, etc..., ne trinque qu'avec les éleveurs de Géants ».

Le standard Gantois d'origine remonte à 1895. Il fut élaboré le 10 novembre lors d'un Concours de jeunes, et discuté l'après-midi sous la présidence de M. NYPELS. De nombreuses expressions de ce standard figurent encore dans le standard Belge actuel. Deux classes étaient admises : Le gris agouti à ventre blanc, et le gris fer à ven­tre foncé, qui était très prisé à l'étranger, et qui était élevé, bien que d'un type moins prononcé, pour satisfaire les désirs des acheteurs Allemands et Anglais.

En Allemagne fut fondé en 1897 le Club des éleveurs de Géants Belges à Leipzig. Depuis 1937, on parle de Géants Allemands outre-Rhin !

Les fanciers Anglais se spécialisèrent longtemps dans la variété dite « Dark Steelgrey », sorte de gris de fer assez foncé, avec le dessous du corps très pâle, voire blan­châtre. Le type manquait souvent d'allure, parce que trop court. C. WREN et A.J. WATTS furent durant des années de chauds supporters de cette unique variété. Le standard Anglais actuel a étendu ses variétés.

En France, après la monographie d'Eugène MESLAY qui servit longtemps de bible pour les principales races, la Société Française de Cuniculture, et plus particulièrement sa commission des standards présidée par la Vicomtesse du BERN de BOISLANDRY et composée d'E. MESLAY, R. CAUCURTE, H. ESTIOT et R. SAUTON, après consulta­tion du Juge Belge P. de KEGHEL, et du Juge Français, E. DESREUMAUX, ainsi que des éleveurs spécialistes Mme E. BERNHARD (la créatrice du Hotot) et P. BEZIN, établirent le 10-12-1919 le standard, se rapprochant directement au standard Belge. Les variétés Gris Lièvre, Gris Fer, Noir et Blanc à œil noir y furent mentionnées.

On ne saurait faire ce rapide tour d'horizon historique sans mentionner que le Club Français du Géant, devenu le Club Français de Cuniculture, fut fondé le 11 février 1926, avec pour Président E. DESREUMAUX, et pour Secrétaire, le Vicomte J. de GUERDAVID.

Parmi les ardents protagonistes et excellents éleveurs de Géant des Flandres, qu'il nous soit per­mis d'évoquer la mémoire de P. BEZIN, et de citer tout spécialement l'actuel Président d'Honneur du C.F.C., André POUPARDIN qui entre autres trophées remporta en 1956 à Paris le Prix du Président de la République, avec un magnifique parquet.

Rappelons aussi qu'en Allemagne, le nom de W. BOXHEIMER, élève de L. ABENHEIM, est intimement lié à l'essor de la race, qu'il a élevée plus de quarante ans. A Stuttgart, en 1966, sa présentation comptait 23 animaux !

Caractères de race
Le type constitue l'objectif majeur, bien évidemment. Le développement osseux et la musculature appropriée doivent contribuer à assurer la plénitude corporelle, selon l'expression de F. JOPPICH.

Si l'on suit dans le temps l'évolution de la race, on se rend compte que les animaux lourds, mais grossiers ont été progressivement abandonnés au profit de sujets où la longueur, qui donnait davantage de lame à l'animal, a primé. Ce fut alors l'époque où le mètre pliant a triomphé. Cette recherche de l'allongement poussé à l'extrême fournit des animaux déséquilibrés. semblant man­quer d'une paire de pattes. En Allemagne, on a parlé de « serpent de mer avec tête de lapin », « Géant accordéon », « Lévrier ». Les Allemands sont parvenus assez vite à un type d'animal possédant un cadre osseux, avec une abondante musculature répartie harmonieusement sur tout le corps.

Tous les pays tendent aujourd'hui à obtenir ce type de Géant accompli, à forme cylindrique allongée. Pour ce faire, il faut veiller plus particulièrement à la largeur des épaules, à la profondeur de la poitrine, au développement harmonieux de la ligne dorsale se fondant dans une croupe arrondie et bien garnie. Toute la musculature étant solide et ferme.

Les épaules lâches ou trop minces, les os des hanches faisant saillie, la voussure ou l'ensellure dorsale sont évidemment des fautes inacceptables, non seulement en exposition, mais dans les clapiers.

Attention aux sujets « ficelle » selon l'expression du Juge Belge J. RONDAY. J'ai personnellement assez combattu ce type d'animal filiforme.

La tête doit être assez développée aussi bien en longueur qu'en largeur. Une large gueule, un front développé contribuent à parfaire la puissance de l'animal. Les joues et les mâchoires doivent bien apparaître, avec de forts muscles masticateurs. Bien portés sur les épaules, sans cou saillant, la tête doit signer, en outre, le sexe de l'animal.

L'implantation des oreilles est primordiale pour assurer une bonne coiffure. La base large est très cartilagineuse. Elles doivent être épaisses et bien fourrées. De taille géante, leur port raide s'ouvrant ensuite en V est la suite logique d'un bon départ. L'arrondi terminal en cuillère est la conséquence d'un heureux développement. Attention aux oreilles flottantes, sans parler d'autres déformations classiques et rédhibitoires.

Les pattes doivent être aussi fortes que possible et bien d'aplomb. Elles doivent permettre à l'animal de se mouvoir avec aisance, malgré son poids, et contribuent grandement à lui donner son allure. Les pattes antérieures sont bien droites, et posées légèrement sur le sol. Les pattes postérieures se déplacent parallèlement au corps.

Ce sont là quelques remarques qui ne font qu'insis­ter sur les descriptions du standard.

Les huit couleurs du standard Belge sont reprises par le standard Français. La Hollande est sans doute le seul pays où les variétés de couleurs les plus diverses existent réellement. On trouve en Allemagne et en Suisse des gris de différentes tonalités présentés dans la même classe, alors que les Albinos font l'objet d'une classe particulière. Nous ne nous arrêterons pas davantage sur les teintes, ni sur la fourrure, en renvoyant sans commentaires spéciaux, les éleveurs à leur standard.