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L'eau

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Alimentation des lapins - L’eau                 Jean-Jacques MENIGOZ (Août 2010)

 

Glossaire / Commentaires
Biofilm :    Pellicule constituée de micro-organismes (spores, levures, bactéries, moisissures) vivant et se multipliant au sein d’une couche muqueuse.

Chloration : Est l’action de désinfecter avec des produits chlorés.

Désamination : Réaction chimique au cours de laquelle une substance aminée perd son groupe amine.

Enzyme : Composant élaboré dans l’organisme (biocatalyseur protéique) qui intervient dans le métabolisme des aliments.

Lipogénèse : Désigne l’ensemble des processus biochimiques permettant la synthèse des lipides en général et des acides gras en particulier.

pH : Potentiel hydrogène, mesure l’activité chimique des ions hydrogènes en solution.

Titre Hydrotimétrique (T.H.) : Ou dureté de l’eau, est l’indicateur de la minéralisation de l’eau. Elle est surtout due aux ions calcium et magnésium.

Turbidité : Mesure de l’aspect plus ou moins trouble de l’eau. Contraire de limpidité.

L’eau est quantitativement le principal aliment absorbé par le lapin :                Image gif eau
Le besoin en eau dépend de nombreux paramètres ; la proportion en eau des aliments ingérés, la présence de chlorure de sodium (sel), l’environnement (température, humidité), la santé, la physiologie ou la pathologie de l’animal.

En général, une restriction en eau, entraine une baisse de la consommation alimentaire et par la suite une diminution de la croissance. C’est d’autant plus vrai avec les granulés. 

Par rapport à d’autres espèces d’animaux, le lapin à des exigences hydriques inférieures grâce à la coprophagie, à une évaporation réduite (essentiellement au niveau des premières voies aérifères) à une faible transpiration et à une réabsorption d’eau réalisée par les reins. 

Lorsqu’il fait chaud le lapin régule sa température notamment en augmentant sa respiration et en buvant.

Les exigences en eau varient également selon l’âge de l’animal et les moments physiologiques. Ce sont les femelles allaitantes qui possèdent le besoin en eau le plus important.

Pour donner un ordre de grandeur, on estime qu’un lapin bénéficiant d’un aliment sec (granulé) a besoin de 1.5 à 2 fois plus d’eau que d’aliment. Pour une femelle allaitante le besoin est de 2.2 à 2.5 fois plus d’eau que d’aliment.

Pendant des périodes de fortes chaleurs, ces ratios ont tendance à augmenter.

A titre d’exemple, différents travaux montrent qu’entre 5°C et 30°C la consommation de lapins en croissance passe de 180 à 120g/j pour les granulés et de 330 à 390g/j pour l’eau.

De toute façon ne perdons pas de temps dans des calculs impossible, donnons de l’eau potable à volonté à nos lapins.

  

Qualité de l’eau :
On ne pense pas toujours à vérifier sa qualité, sur le plan chimique, comme sur le plan microbiologique et organoleptique. Pourtant on connaît la grande sensibilité digestive du lapin vis-à-vis de tout facteur de variation.

On considère que l’eau destiné à la consommation de l’homme est bonne pour le lapin. Les limites et références de qualité des eaux destinées à la consommation humaine sont définies par l’arrêté du 11 janvier 2007, publié au journal officiel numéro 31, en date du 6 février 2007.

 

Chez le lapin, quels sont les principaux troubles susceptibles d’avoir pour origine une eau non potable ?
Le plus important est certainement le syndrome «entérite» (perturbation intestinale). Les facteurs de risque sont :

Un pH trop élévé, supérieur à 8 (pH idéal pour les lapins 6.5 - 7.5). Une eau trop acide peut être à l'origine d'attaque des tuyauteries par corrosion avec libération de sels toxiques. Un apport d'acide acétique permettra de corriger cette valeur. (Voir passage spécial à propos du pH, en fin de texte sur l'eau).

Assez fréquent, les excès de nitrates, supérieur à 50 mg/l (pollution azotée) et parfois la présence de nitrites supérieur à 0.50 mg/l (pollution microbienne) ou d'ammonium supérieur à 0.10 mg/l (pollution azotée). Ceci provoque une intoxication sanguine et déclenche des phénomènes inflammatoires au niveau du tube digestif avec comme conséquence, l’apparition de la diarrhée.
On estime que la dose létale de nitrate est de 1500mg/Kg et de 100mg/Kg pour le nitrite.

Les sulfates donnent une saveur désagréable à l’eau ce qui entraîner une sous consommation d’eau. Ils possèdent également des propriétés laxatives (diarrhée). Risques à partir de 250 mg/l.

Dans une moindre mesure les excès de chlore, d’ammoniaque, de substances toxiques, telles que le plomb, le sélénium, le fluor, l’arsenic, le chrome, les cyanures, aboutiront également à une apparition de la diarrhée.

Les chlorures, risques à partir de 200 mg/l.

Sur le plan bactériologique, des germes dangereux, tels que colibacilles pathogènes et notamment Escherichia coli (E. coli), salmonelles (entérobactéries), streptocoques fécaux, clostridies et spécialement les clostridium sulfitoréducteurs qui réduisent les sulfites en sulfures (Clostridium perfringens) sont également susceptibles de provoquer des entérites.

N’oublions pas enfin l’effet néfaste d’une eau trop froide, qui paralyse le tube digestif et aboutit également à l’entérite. La température idéale de l’eau distribuée aux lapins doit se situer entre 8 et 15°C.

En dehors de ces troubles digestifs, atteignant surtout les lapereaux à l’engraissement, mais parfois aussi les reproducteurs, voire les lapereaux au nid, d’autres manifestations pathologiques relèvent éventuellement de la même origine.

Ainsi, des troubles de la reproduction peuvent être dus aux éléments toxiques ou aux germes dangereux cités plus haut. On peut observer de l’infécondité, des avortements, des résorptions embryonnaires, une augmentation de la mortalité et des cas de malformations des lapereaux.

La présence d’autres éléments en excès sont à signaler. Le manganèse déclenche l’inappétence. Le fer détériore les canalisations et accentue les dépôts. Il provoque une diminution de la consommation d’eau et une baisse de l’appétit. Si la teneur est supérieure à 1 mg/litre, la chloration est inefficace. La présence de phosphates doit rester au maximum à 1 mg/litre.

Une eau de mauvaise qualité, croupie, d’odeur et de goût désagréable, contient des éléments inappétents qui entraînent souvent une sous-consommation, ce qui se traduit par des baisses de croissance à l’engraissement et une couverture insuffisante des besoins chez les reproducteurs. D’où amaigrissement, baisse de lactation, pertes au nid et au sevrage et porte d’entrée à une pathologie spécifique. Pour éviter cette eau de mauvaise qualité il faut rechercher la présence de détergents, vérifier si le chlore n’est pas en excès, doser le fer et contrôler la pollution microbienne du circuit.

Devant les conséquences dramatiques de l’absorption d’une eau non potable, en cas de doute, faites analyser l’eau. Cela doit être un réflexe pour tout éleveur consciencieux.

 

Infos diverses :
Dans les conditions d’un manque d’eau total et en fonction des conditions ambiantes (température, hygrométrie), un lapin adulte peut survivre de 4 à 8 jours sans altération irréversible des fonctions vitales. Son poids peut être réduit de 20 à 30% en moins d’une semaine.

Par contre, si les lapins ont de l’eau de boisson (propre) à leur disposition, mais aucun aliment solide, ils peuvent survivre 3 à 4 semaines. L’ingestion d’eau est alors augmentée de 4 à 6 fois en quelques jours.

Le lapin s’avère très résistant à la faim et relativement résistant à la soif ; il convient cependant de retenir que toute limitation d’eau, entraîne une altération des performances.

Un stress, changement de cage par exemple, peut-être à l’origine d’une baisse de la consommation d’aliment et d’eau.

Un abreuvement insuffisant peut provoquer des accidents rénaux, source possible de mortalité.

L’eau contenue dans les aliments (fourrages verts) est plus profitable que celle du robinet, elle est notamment plus favorable à la lactation.

L’eau contenue dans les fourrages frais se situe entre 65 à 90%, les fourrages secs de 12 à 20%, les graines de 10 à 15%.

Ne perdons pas de temps dans des calculs impossibles,  donnons de l’eau potable à volonté à nos lapins.

 Image eau

Compléments d’informations sur l’eau :
 Le Potentiel Hydrogène( pH), mesuré sur une échelle de 0 à 14, l’importance des acides et des bases dans l’eau. Un pH 0 (acide chlorhydrique) traduit une eau très fortement acide, un pH 14 (soude) traduit une eau très fortement basique. Le pH 7, est neutre (eau pure).
Le pH de l’eau destiné à la consommation humaine doit se positionner entre 6.5 à 8.5. Pour les lapins, le pH idéal est de 6.5 – 7.5.

Une eau possédant un pH acide favorise l’oxydation des tuyauteries avec risque de dilution des métaux lourds. A l’inverse, une eau possédant un pH basique, entraîne des risques de développement de pathogène (E.coli) avec dépôts sur la paroi intérieure des tuyauteries (biofilm, tartre) et une saveur amère et coloration anormale de l’eau.

La distribution aux lapins d’une eau destinée aux hommes, bactériologiquement potable, limite grandement l’éventualité de problèmes pathogènes. Les difficultés qui peuvent être rencontrées, proviennent assez souvent des équipements d’abreuvement de nos élevages, et notamment, les installations automatiques dont les parois internes des tuyauteries se trouvent recouvertes d’un biofilm. Ce biofilm se présente sous forme d’agrégats plus ou moins continus et plus ou moins épais (quelques microns à plusieurs millimètres). Il possède un état d’équilibre qui tient aux nutriments du milieu et aux bactéries en présence. Il prolifère par l’apport de nutriments ou la destruction de bactéries inhibant d’autres bactéries. La mise en place de cette pellicule, est aidée par la faible circulation de l’eau. Une fois installé, ce biofilm, favorise la dégradation bactérienne de l’eau fournie aux lapins.

Autre phénomène, le développement du biofilm provoque, par la réduction des diamètres internes des tuyaux, une baisse du débit de l’eau. Si nous y ajoutons la prolifération d’algues et le risque de dépôt de calcaire par exemple (Dureté de l’eau), il peut être envisagé une probabilité importante de mise en place de bouchons.

Il faut absolument éliminer le biofilm. Il peut contenir des flores pathogènes : risque pour la santé des animaux. Il peut également provoquer des échecs thérapeutiques : le produit de traitement peut être consommé par le biofilm, ou encore subir des phénomènes de précipitation et de bouchage dans les tuyaux liés à la prolifération du biofilm. Il consomme le chlore tout le long des tuyaux et limite ainsi l’action désinfectante du chlore sur l’eau. Il peut restituer certaines substances bien après la fin d’un traitement (risque en terme de résidus).

Pour assainir les équipements d’abreuvement, le chlore (eau de javel), suivi d’un bon rinçage, est très utile. Le chlore intervient au niveau cellulaire en bloquant l’activité des enzymes et en donnant naissance  à un dégagement d’acide chlorhydrique actif. Des produits à base d’iode, versés à dose infinitésimale (1 pour 1000) dans les réservoirs d’eau, sont également très efficace pour les installations automatiques. Ils agissent par oxydation et destruction des protéines du cytoplasme bactérien.

D’une manière générale, pour limiter la pollution des circuits d’abreuvement, il faut :
         
vidanger le circuit avant et après tout traitement.
         
bien rincer après chaque étape de traitement.
         
utiliser un produit alcalin (basique) pour éliminer les souillures organiques.
         
utiliser un produit acidifiant pour éliminer les souillures minérales notamment le tartre.

La dureté de l’eau ou titre hydrotimétrique (T.H.), s’exprime en France en degré français (°f). 1 degré français correspond à 4 milligrammes de calcium ou 2.4 milligrammes de magnésium par litre d’eau. 

 Plage de valeurs du titre hydrotimétrique

TH (°f)

0 à 7

7 à 15

15 à 25

25 à 42

Supérieur à 42

Eau

Très douce

douce

Moyennement douce

dure

Très dure

Les sels minéraux sont essentiels à la santé et une eau de dureté moyenne apporte quotidiennement une partie des besoins en calcium et magnésium. Le TH ne doit pas dépasser 30°f.

Une eau dure, TH supérieur à 30°f, entraîne, une mauvaise efficacité des oligo-éléments et de la chloration. Réduit l’efficacité des traitements aux tétracyclines et à l’acide oxolinique. Est source d’entartrage des canalisations (développement du biofilm et accentuation du dépôt de tartre).

Une eau douce TH inférieur à 15°f est souvent acide et agressive, favorisant la corrosion du matériel métallique. Elle ne permet pas l’élaboration d’une couche carbonatée pouvant participer à une protection des canalisations contre certains risques de corrosion et, en dessous de 10°f, elle risque de devenir agressive et d’entraîner la solubilisation d’éléments tels que le fer, le cuivre, le plomb.

  La turbidité est un paramètre organoleptique qui mesure le trouble de l'eau. Elle est due aux particules colloïdales ou en suspension dans l'eau. Ces particules sont d'origines variées : érosion des sols pour les eaux de surface, infiltration à travers des sols fissurés (terrains karstiques) pour les eaux souterraines, dissolution de substances minérales (fer), présence de matières organiques végétales (acides humiques) et animales. En dehors de la modification des propriétés organoleptiques de l'eau qu'elle entraîne, la turbidité n'est pas dangereuse en soi. Par contre, son apparition a une importance sur les autres paramètres définissant la qualité de l'eau, tant du point de vue bactériologique que chimique :
*
propriétés bactériologiques : les micro-organismes se fixent  sur les particules responsables de la turbidité. Cela leur permet de se développer plus facilement qu'en suspension dans l'eau, le substrat étant plus facilement mobilisable. En outre, les amas qui sont ainsi créés protègent ces mêmes micro-organismes contre l'action des désinfectants,
*
  propriétés chimiques : les matières en suspension ont une certaine capacité à adsorber les ions métalliques (cuivre, mercure..) ou les composés chimiques, comme les pesticides par exemple.
Les éléments à l’origine de la turbidité augmentent la demande en chlore de l’eau traitée.

 

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