• Full Screen
  • Wide Screen
  • Narrow Screen
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Documents Publications Le Lapin Chèvre

Le Lapin Chèvre

Envoyer Imprimer PDF

Le Lapin-Chèvre: une nouvelle race ?              par Georges PATISSIER           Le lapin "Chèvre" en présentation à MACON en 2002.

  

Depuis quelques années plusieurs articles ont été publiés dans différents bulletins ou magazines présentant le "LapinChèvre". Ce lapin serait une ancienne souche élevée depuis des décennies par les fermières des campagnes charentaises et d'aquitaine. Pourtant, le Lapin-Chèvre n'a fait l'objet d'aucune description standardique et n'a jamais été cité - à notre connaissance - dans un quelconque ouvrage consacré aux race

 

D'où vient-il ?
L'essentiel des textes sur le Lapin-Chèvre a été écrit par Jean COUTARD dont voici un court extrait. "Dans les années 1990, alors que membre de l'association Conservatoire des Races d'Aquitaine nous parcourions la région, surtout les Pyrénées, à la recherche des animaux appartenant à des races menacées pour compléter ou créer des inventaires nous étions loin de nous douter qu'une agréable surprise nous attendait à un kilomètre et demi de chez nous, de la toute nouvelle Ferme Conservatoire de Leyssart. Lors de notre visite chez un voisin, nous découvrons dans son clapier un lapin dont la couleur nous intrigua beaucoup car je me souvenais très bien de la robe de ces lapins que ma famille élevait dans les années 60 sous le nom de lapin-chèvre, je n'en avais jamais revu depuis. Il faut dire que les clapiers des fermes ne sont pas toujours très bien exposés, souvent relégués sous des hangars. Le fermier questionné me dit qu'il en avait eu autrefois et qu'il venait d'en retrouver récemment. Quant au nom, avec son accent un peu charentais, il me dit 'olé un lapin chèvre'. J'étais un peu interdit en retrouvant aussi près de chez nous une variété de lapin que j'aimais beaucoup quand j'étais enfant car la couleur était remarquable".

Nous avons acheté quelques sujets que nous avons élevés, diffusés et présentés un peu partout dans les expositions. Un petit nombre seulement de visiteurs les reconnaissait, mais ces derniers, unanimement leur donnaient le nom de lapin-chèvre. A l’évidence nous tenions une variété ancienne redécouverte puisque génétiquement fixée et reconnue par tout le monde sous le même nom. »Sa place était déjà faite. Des témoignages nous les présentent comme très abondant dans la région de Libourne à la fin la dernière guerre. La Gironde, la Dordogne et les deux Charentes semblent être la zone où il fut le mieux connu. »

Dans une plaquette éditée par le Conseil Régional d'Aquitaine intitulé « Les Races Domestiques Régionales Menacées », quelques lignes ainsi qu'une photographie sont consacrées au Lapin-Chèvre : « Dans le Sud-Ouest, une souche fermière de lapin porte le nom traditionnel de Lapin-Chèvre probablement aurait de sa robe noire, fauve et blanche évoquant la livrée des anciennes races de chèvres. Ce type, resté en marge de la sélection officielle, est pourtant bien connu depuis longtemps par les éleveurs locaux ».

Quant au nom de Lapin-Chèvre nous pouvons nous référer à la description de la robe de la Chèvre Poitevine parue dans un recueil édité par le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche en 1992 « Races domestiques en péril » - « La Chèvre Poitevine est habillée d'un smoking noir et blanc. Veste noire, ventrière blanche, poils bruns sur l'échine et le long des cuisses, port de tête allier avec deux listes blanches. »

 

Qui est-il aujourd'hui ?
C'est seulement en janvier 2000 que Pascal DESAUTARD, éleveur de Lapin-Chèvre près de RIOM, pris contact avec la Commission Nationale des Standards pour faire reconnaître le Lapin-Chèvre comme race. Il lui fut demandé de présenter quelques Lapin-Chèvre au cours d'une journée technique de l'Association Nationale des Juges Cunicoles à LEZOUX dans le Puy-de-Dôme.

4 sujets - appartenant à Pascal DESAUTARD et Pierre-Edmond DESSE - furent examinés le 11 juin 2000 à LEZOUX par quelques Juges :

1 mâle adulte d'environ 3,5 kg
1 femelle adulte avec un jeune d'un mois ½
et une autre femelle adulte.

Les principales observations relevées concernaient :

La couleur et les marques du ventre :
de couleur crème, bien qu'une femelle avait des traces de noir au ventre. Le triangle de la nuque, de petite taille, était feu. Le dessous de la queue blanchâtre ou crème. Une ligne feu séparait la couleur du ventre à la couleur du manteau noir. Sinon, les marques agouti traditionnelles: tour des yeux clairs, narines blanchâtres ainsi que le menton.

Le type :
De taille moyenne, un peu élancé typique d'un lapin fermier sans aucune sélection (croupe très osseuse)

A l'issue de cette première rencontre officielle avec. le Lapin-Chèvre, un rapport fut établi pour des membres de la Commission Nationale des Standards dans lequel étaient reprises les observations constatées ainsi que quelques conseils sur la sélection et l'intérêt que pourrait représenter la sélection du Lapin-Chèvre au sein des races et variétés de lapins actuellement reconnues.

Les deux éleveurs - MM DESAUTARD et DESSE - étaient bien décidés à poursuivre leur élevage et à entamer le processus d'homologation du Lapin-Chèvre comme race, aidés dans leur tâche par plusieurs autres éleveurs mobilisés et très motivés. C'est en août 2000 que la Commission Nationale des Standards - après discussion du rapport de Lezoux – décida, avant de lancer la procédure d'homologation, de voir des Lapin-Chèvre. Rendez-vous fut donc pris pour la Nationale FFC de St Flour dans le Cantal en décembre. La procédure d'homologation d'une nouvelle race prévoit la présentation d'au moins 8 sujets (4 mâles et 4 femelles), d'âge et de sexe différents - durant 3 années consécutives -, devant la Commission Nationale des Standards.

Eleveurs avec J. Czeschan
Mr CZESCHAN, Président de la Commission des Standards
en discussion avec les éleveurs de lapin "chèvre".

Le 16 décembre 2000 à St Flour 8 sujets furent exposés. Le Président de la Commission Nationale des Standards Jacques CZESCHAN et quelques membres de ladite Commission, purent examiner des Lapin-Chèvre et dialoguer avec les éleveurs présents qui avaient établi un projet de standard. Les observations de Lezoux furent confirmées : nous avions bien affaire à un modèle de coloration Loutre et le type était à parfaire.

Dès à présent pourtant, il est possible de donner quelques pistes sur la possible origine du Lapin-Chèvre. Tout d'abord pour ce qui concerne la couleur et les marques, il est évident que c'est un modèle de coloration Loutre, déjà connu chez le lapin et ainsi décrit dans le Standard 2000 à la page 39 : « La couleur fondamentale peut être noir, bleu ou havane. Elle recouvre la tête, y compris la partie extérieure des oreilles, le manteau dans toute son étendue (côté inclus), la partie visible des pattes et le dessus de la queue.

Le dessous du menton, le ventre, la partie intérieure des pattes et le dessous de la queue sont de teinte claire à blanchâtre.

Un liseré feu limite le blanc et la couleur fondamentale et encercle les narines, les mâchoires et le tour des yeux. Un mélange de feu et de noir, ou selon le cas de bleu ou havane, couvre la poitrine en se fondant avec, la couleur fondamentale. Le triangle sur la nuque est couleur feu. »

L'on rencontre des modèles Loutre chez le Rex où quelques sujets réapparaissent dans les expositions depuis quelques années grâce à un éleveur de Haute-Loire, Monsieur CHAUSSINAND, mais également chez les lapins nains. La création du Rex Loutre est connue et éclaire de façon précise l'obtention du modèle Loutre. Lorsque les éleveurs ont voulu créer un Rex Feu dans les années 1920/1930, ils se sont heurtés à une difficulté majeure : l'impossibilité de maintenir les longs poils Feu sur les côtés du fait de la nanification des poils chez le Rex- les fourrures persistant à être « jarreuses ». Ils ont donc décidé de ne pas poursuivre leur tentative de créer le Rex Feu et de sélectionner, parmi les sujets issus de leurs différents croisements dont celui du Rex Castor avec le Feu Noir, le Rex Loutre. Ce problème du Rex Feu se retrouve encore aujourd'hui chez les éleveurs allemands qui tentent toujours de créer des Rex Feu, mais les sujets qu'ils présentent pour homologation dans leur pays n'ont ni la fourrure correcte d'un Rex, ni les marques du Feu.

Certains auteurs réfutent également la parenté du Lapin-Chèvre avec le Noir et Feu sur le seul fait de leur différence de taille. Pourtant Jacques ARNOLD -dans son article paru dans La France Cuniculicole sur le Noir et Feu- explique qu'il a existé deux types de Noir et Feu à l'origine dont l'un était de taille un peu plus forte et portait le nom de Cheltenham, - à l'opposé du type de Brailsford qui est celui qui fut sélectionné par les éleveurs anglais -, et qui avait été travaillé avec du Lièvre Beige. Il cite Eugène MESLAY qui écrivait en 1900 « Inutile d'ajouter que ces croisements d'amélioration ne se faisaient pas sans déchets nombreux, du fait des disjonctions qui en résultaient inévitablement ». Il est nécessaire de préciser que le Noir et Feu originel ne possédait pas les marques et surtout le feu intense qu'on lui connaît aujourd'hui, tout cela ayant été obtenu par une sélection continue de plus d'un siècle.

Quant au type du Lapin-Chèvre d'aujourd'hui, il est celui des lapins « fermiers » sans sélection sur la conformation ni sur le type. Ils ressemblent aux lapins élevés dans notre pays avant l'apparition de l'alimentation concentrée en granulés et surtout. avant l'introduction des types chairs importés des USA comme le Néo-Zélandais ou le Californien qui ont fait évoluer la plupart des races de lapins vers des formes plus trapues avec une musculature forte et compacte.

Nous pouvons émettre une hypothèse sur l'origine du Lapin-Chèvre - que des lapins issus soit des rebuts de la sélection du Feu, soit des rebuts de la sélection du Rex Loutre aient pu faire souche dans des clapiers fermiers sans sélection aucune mais sans apport d'autres races. Il est évident que cela peut être vérifier scientifiquement aujourd'hui. Encore faut-il trouver des crédits pour cette recherche et mobiliser des spécialistes pour la réaliser correctement.

Eleveurs de la  race
Mrs Desautard, Desse et Chaussinand.

 

Quel peut être son avenir ?
L'avenir du Lapin-Chèvre repose essentiellement sur une mobilisation des éleveurs pour en faire une véritable race agrandissant ainsi notre patrimoine des races et variétés de lapins. Mais du chemin reste à parcourir et tout d'abord qu'elle sera l'orientation dans la sélection. Si pour les marques et couleur le patron de coloration Loutre n'est pas contestable, il doit encore être travaillé pour éliminer les poils blancs ou colorés dans le manteau, un ventre crème uniforme et un liseré feu pas trop envahissant. Quant au type, cela est plus délicat d'autant que plusieurs éleveurs souhaitent conserver au Lapin-Chèvre le type « fermier » arguant du fait que c'est une souche très ancienne et rustique n'avant subit aucune introduction d'autres races. Les éleveurs avancent également la qualité de sa chair exceptionnelle et pour vérifier ce dernier point, une présentation au concours de carcasse organisé chaque année dans le cadre du Salon International de Paris peut être envisagée- Dans ce concours, les lapins sont jugés sur pieds, puis après abattage en carcasse et enfin, après cuisson sans aucun ajout, goûtés pour apprécier la gustativité de leur viande.

D'après QUITTET : « la race est l'aboutissement normal et constant des efforts d'amélioration d'une population ». Nous ne doutons pas de la réussite du processus de sélection et à terme d'homologation du Lapin-Chèvre si la mobilisation qu'il suscite actuellement perdure.

 

Fil d'Ariane : Documents Publications Le Lapin Chèvre