• Full Screen
  • Wide Screen
  • Narrow Screen
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Documents Publications L'Argenté de Champagne

L'Argenté de Champagne

Envoyer Imprimer PDF

LES ORIGINES DE L'ARGENTE DE CHAMPAGNE

Exposé présenté devant la XIII° Rencontre des Éleveurs F.F.C, le 5 juin 1999, à LIMOGES (Haute-Vienne)  par Pascal-C. RUMMELIN  Juge Officiel Cunicole

Président de l'Association Nationale des Lapins Argentés

Rappel de classement systématique des races cunicoles et place du lapin argenté.
Les Races de Lapins ont été sériées, selon leur origine, en quatre catégories et cette classification, dont la paternité revient à Jacques ARNOLD, a été proposée lors du colloque sur « Le Lapin - aspects historiques, culturels et sociaux », organisée par la Société d'Ethnozootechnie, le 15 novembre 1980, à PARIS.

1) Les vieilles races (mot-clef: multiplication).
Issues de populations sauvages vivant souvent dans des contrées lointaines, elles présentent une faculté certaine à se multiplier dans des environnements particuliers. Comme exemple-type, nous pouvons citer le RUSSE.

2) Les races de Terroir (mot-clef: sélection).
Elles se trouvent davantage sous l'influence de l'Homme qui va avoir sur elles une emprise, à des degrés divers, par la pression de sélection qu'il exerce en vue de les améliorer dans les sens qu'il souhaite. Les exemples qui peuvent servir à caractériser cette catégorie sont le FAUVE DE BOURGOGNE, les FEU, le BLANC DE HOTOT.

3) Les races synthétiques (mot-clef: croisement).
Obtenues à partir du croisement de deux ou plusieurs races déjà existantes, les races de ce groupe sont entièrement dînes à la volonté de l'Homme. Le GÉANT BLANC DU BOUSCAT, le BLANC DE VENDÉE en sont des expressions typiques.

4) Les races Mendéliennes (mot-clef: mutation).
Elles sont apparues fortuitement à partir d'une mutation génétique portant sur un ou plusieurs caractères physiques ou comportementaux ; le REX et l'ANGORA, avec des mutations sur l'aspect de leurs fourrures en font partie, de même que le LAPIN SAUTEUR D'ALFORT, avec son comportement si particulier qui le fait se dresser sur ses pattes antérieures.

Le Lapin Argenté ou riche est mentionné depuis très longtemps dans la littérature agricole. Il est issu de populations parfois évoquées comme étant d'origine géographique très lointaine (Himalaya, par exemple) et toujours avec une grande aptitude à se reproduire dans des milieux sauvages ou assimilés. COX l'avait d'ailleurs placé, parmi d'autres races, dans ses garennes lorsqu'il obtînt le BLACK AND TAN (NOIR ET FEU). Cela classe l'Argenté - pas encore de Champagne ! - dans la catégorie des VIEILLES RACES.

Éléments bibliographiques concernant le lapin argenté
La mention écrite la plus ancienne à laquelle on puisse, semble-t-il, se référer est de l'Anglaise Gervaise MARKHAM, en 1631: « Les peaux que l'on estime le plus sont celles qui ont un mélange égal de poils noirs et de poils blancs, le noir plutôt dominant... Leurs peaux valent deux shillings quand celles des autres ne valent que deux ou trois pences ».

Dans la célèbre ENCYCLOPÉDIE DES SCIENCES, parue en 1809, l'Abbé ROZIER cite les quatre ou cinq races de lapins connues et répertoriées à cette époque et, parmi elles, le LAPIN RICHE.

Bonington MOWBRAY, en 1822, signale une présence nombreuse de lapins argentés (silver-tipped) dans le LINCOLNSHIRE et dans les environs de LONDRES.

En 1854, MARIOT-DIDIEUX cite le LAPIN RICHE parmi les quatre variétés de la « race cuniculine » (sic) : « ... d'un gris argenté plus ou moins foncé... Les gris les plus clairs sont les plus estimés des pelletiers. Ceux-ci font avec leurs peaux des fourrures et, surtout des manchons qui sont recherchés. Ils sont souvent vendus sous le titre de petit gris... Leur chair est bonne et leur peau vaut de 1,5 à 2 francs la pièce ».

BREHM, en 1868, pense, avec d'autres auteurs de l'époque, que l'Argenté est une forme accidentelle d'un lapin de garenne vivant dans de lointaines contrées sises sur les versants nord et sud de l'Himalaya, d'où il aurait gagné l'ouest de l'Europe via la Russie, la Pologne et l'Allemagne.

La même année (1868), dans son magistral « Variation des Animaux et des Plantes », DARWIN insiste sur le texte précédemment cité de Gervaise MARKHAM pour en tirer la conclusion qu'on élevait déjà des lapins argentés à cette époque (donc au 17° siècle) et qu'on s'occupait de leur sélection à des fins lucratives. Il en profite également pour donner des précisions d'ordre technique sur l'argenture et, notamment, sur son évolution avec l'âge du sujet.

RAYSON en 1872 et KNIGHT en 1881 donnent des précisions sur les diverses nuances de l'argenture et RAYSON affirme que les lapins CRÈME ARGENTE sont d'origine française : environs de PARIS et jardin d'Acclimatation.

Tous les auteurs semblent, en général, faire l'éloge du lapin argenté. Eugène MESLAY, en particulier, dans « Les Races de Lapins », paru en 1900, s'attarde longuement sur sa description, avec de nombreuses références bibliographiques et des précisions techniques remarquables sur l'argenture et ses différentes nuances. n revanche, il ne semble pas tenir en considération l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE dont il critique les nombreuses défectuosités dans les tonalités de l'époque.

Arrivé à ce stade sur les citations d'auteurs du 19° siècle, on peut constater que nous n'avons parlé, en somme, que d'un modèle pigmentaire de coloration, l'Argenté, et non encore de types raciaux, sur lesquels on peut déjà dire que l'on s'est orienté, en Angleterre, vers un type sportif avec l'ARGENTÉ ANGLAIS et ses différents nuances et, en France, vers un type d'utilité avec, l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE.


Proposition de définition de l'argenture
Mais il faut, tout d'abord, donner la définition de ce qu'est l'Argenture et le mieux est de se référer à la thèse de doctorat de Jacques ARNOLD, soutenue à PARIS en 1986 et portant sur « Les Modèles de Coloration du Lapin » : « La caractéristique de tous les lapins argentés est de présenter dans leur pelage un nombre plus ou moins grand de poils dont la pointe est très largement dépigmentée, c'est-à-dire blanche. La condition argentée (silvering des anglo-saxons) ne s’exprime pas dans le jeune âge où les lapereaux sont normalement colorés. Elle apparaît tardivement au bout de quelques mois pour revêtir progressivement le pelage des lapins... La dépigmentation de la partie supérieure et intermédiaire d'un nombre plus ou moins grand de poils, parsemé régulièrement dans le pelage aux côtés de poils entièrement colorés, provoque une disposition de coloration alternée qui peut se manifester dons toutes les couleurs fondamentales connues. Selon la sélection poursuivie, tous les degrés d'argenture peuvent s'exprimer sur un pelage coloré, les termes extrêmes de ce phénomène d'argenture allant d'un lapin normalement pigmenté et possédant quelques pointes blanches dispersées plus ou moins régulièrement jusqu'au pelage tellement garni de poils argentés que l 'ensemble éclairci le fait paraître blanchâtre ».

Il faut profiter de cet éclaircissement pour expliquer qu'un lapin coloré exhibant un certain nombre de poils blancs n'est pas un sujet présentant « un début d'argenture », comme on le voit même, et malheureusement, parfois sur des fiches de jugement ; le degré d'argenture n'a ni début, ni fin, mais offre des nuances variant à l'infini et le phénomène de l'argenture ne réside pas en des poils blancs, mais seulement en des poils partiellement colorés et à pointes blanches.


Causalité de l'apparition de la race Argenté de Champagne et de son développement
Voyons à présent comment est apparue la race ARGENTE LIE CHAMPAGNE en tant que telle.

L'Allemand WISCHER dit tenir du Français DOUCIT que la première utilisation du terme GRIS ARGENTE DE CHAMPAGNE se trouve dans un écrit d'Économie Rurale du 18° siècle. Sans plus de précisions.

En fait, on constate rapidement que l'élevage de l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE est très florissant dans la région de TROYES (Aube), dons la seconde partie du 19e siècle et au début du 20e, grâce à des visées utilitaires, chair et, surtout peaux, développées par un milieu  économique propice et un support industriel (les tanneries de toute la région) fort demandeurs à cette époque.

Dans la VIE AGRICOLE de 1913, un article sur le lapin écrit par MOREAU-­BERILLON, Professeur d'Agriculture à REIMS, nous apprend que: «L'ARGENTE DE CHAMPAGNE se distingue surtout par sa belle taille et par sa fourrure remarquable, fort recherchée en pelleterie ». Tout est dit en ces quelques mots sur l'essence même de la race (c'est un lapin de produit à deux fins) et sur l'attrait qu'elle suscite auprès des agriculteurs d'une part et des industriels d'autre part, dont les intérêts se trouvent liés, pareillement d'ailleurs, à ceux qui leur servent souvent d'intermédiaires, les marchands de peaux, qui sillonnent à longueur de temps les campagnes pour ramasser les lots chez les producteurs.

Il est d'ailleurs intéressant, à ce propos, de lire la brochure rédigée par l'un d'entre eux, J. MILLOT, en 1909, et qui exerçait à TROYES et intitulée LE LAPIN ARGENTE OU RICHE ÉLEVÉ AUTOUR DE TROYES.

Il y donne des précisions sur les élevages de la région et dit que l'élevage de l'Argenté était très répandu vers 1870, mais qu'il y a eu des fluctuations à cause de la chute des cours, résultante de surproductions répétitives. En 1895, la vogue des peaux d'Argentés fait son retour et pendant la première décennie du 20e siècle, l'élevage de l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE est à nouveau très florissant. Les articles manufacturés s'exportent en Angleterre, en Allemagne, en Russie et aux États-Unis d'Amérique.


La couleur vieil-argent - Recherche à des fins utiles de son homogénéité.
Remarque intéressante, MILLOT précise que l' ARGENTE DE CHAMPAGNE doit être assez foncé; les tonalités claires se rencontrant dans les élevages où le RICHE dégénère. Il cite une brochure datant de 1855, écrite par MM. MILLET et GÉRARD, éleveurs de lapins à PARIS, dans laquelle ils décrivent « un type plus foncé que l'actuel (1909) ». Ceci, en contradiction formelle avec tous les auteurs : Mlle LEMARIE, NAUDIN, MESLAY, MANIN, et, avant eux, DE FOUCAULT et Mme DE BOISLANDRY. En fait, il s'agit, dans ce contexte, d'une production fermière, plus multiplicatrice que sélective, d'où des difficultés de constituer des lots de peaux appariées. A partir de ce constat s'établit une recherche d'unité d'intensité. DYBOWSKY, en 1927, dans LES LAPINS A FOURRURE, affirme que l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE est élevé non par des cuniculteurs, mais par des agriculteurs, pour ses rapports accrus en comparaison du lapin commun.

Une autre constatation mérite d'être soulignée. Il semble, en effet, qu'à l'époque primitive, très nombreux sont les ARGENTE DE CHAMPAGNE présentant des taches blanches, notamment à la tête et aux extrémités. Cela rappelle d'ailleurs les origines de la sélection du FAUVE DE BOURGOGNE par RENARD pendant lesquelles les géniteurs présentaient le même phénomène. MILLOT préconise de lutter contre ces taches par la sélection. L'article précité de MOREAU-BERILLON, datant de la même époque (1913), corrobore les données économiques fournies par MILLET et, notamment, lorsqu'il écrit « Vers 1875-1880, un mégissier de REIMS en fit un des premiers l'élevage ; il possédait alors plus de 300 sujets de cette race dont les peaux faisaient prime et se vendaient alors 48 à 50 francs la douzaine ». Cela permet de constater, si cela en est encore besoin, le lien existant entre l'industrie de la tannerie et l'Argenté, puisque, dans ce cas, un mégissier est lui-même éleveur. Cela  confirme également que, si le phénomène était très développé autour de TROYES, cette cité n'en avait pas l'apanage, mais qu'on pouvait, au contraire, le constater dans les autres départements champenois, ce mégissier exerçant dans la Marne.


La zone géographique de production initiale.
A ce propos, on peut se référer a Eugène MESLAY qui définit la zone géographique de production principale dans son Journal LAPINS ET COBAYES, en 1912: « Race pratique se rencontrant a l'état commun dans le département de l'Aube, plus particulièrement dans les environs de TROYES, dans les villages de la vallée de l'Aube et dans le Pays d'Othe ». Sur le même sujet, des numéros spéciaux de VIE A LA CAMPAGNE, de 1920 a 1927, donnent les renseignements suivants : « La région qui fournit les meilleurs sujets s'étend d’ARCIS-SUR-AUBE, BAR-SUR-AUBE, TROYES, AIX-EN-OTHE, jusqu'à SENS. Dans la Marne, la Haute-Marne et l'Yonne, les types sont plus petits, moins caractérisés et en nombre restreint ».

C'est d'ailleurs la concentration de l'élevage qui entraîne et potentialise des marchés spécialisés pour les peaux, d'ou des cours élevés. Dans les mercuriales, une place spéciale est réservée aux  ARGENTES DE CHAMPAGNE par rapport aux autres races. Pour clore les propos traitant surtout de l'importance économique de la fourrure, il y a de cela un siècle a présent, je vais vous conter une petite anecdote personnelle concernant notre fameuse ville de TROYES...

Par un beau jour d'août 98, j'avais pris la route de la belle préfecture de l'Aube, accompagné de mon épouse et de nos deux enfants, invité par un ami habitant la région à venir le visiter. Le dimanche matin, nous flânions dans les rues troyennes, quand je me mis à examiner un plan de la ville installé au beau milieu d'un trottoir ; mon attention fut soudainement attirée par une rue dite « des Tanneurs ». Il n'en fallait pas plus pour me décider à la visiter... A la découverte, on a le sentiment d'une ruelle banale, comme il en est des milliers dans toutes les villes de France ; mais, je remarquai tout de suite des bâtiments industriels de type 19e-début du 20e que je me mis a « inspecter » tant et si bien qu'une très vieille dame, se trouvant intriguée par nos marques d'intérêt si évidentes, descendit nous rejoindre pour s'en inquiéter. En fait, cela lui fit grand plaisir, car c'était la première fois qu'elle rencontrait des gens s'intéressant aux anciennes tanneries... Elle nous conta ses souvenirs de début de siècle, alors qu'elle était encore une enfant, se souvenant de l'activité débordante dans les bâtiments tout comme dans la rue, des camionnettes de l'époque, mais aussi des charrettes a chevaux, livrant la matière première. Je regrette aujourd'hui de ne pas avoir poussé plus loin la conversation, de ne pas avoir pris de notes précises, car, lorsque les souvenirs de cette dame l'auront accompagnée ailleurs, la « Rue des Tanneurs » ne sera plus qu'un nom servant a se situer géographiquement dans la ville de TROYES...


L'Argenté de Champagne et la production de viande, hier et aujourd'hui
Mais, en même temps, l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE, lapin d'un fort développement était également exploité pour sa viande. Pratiquement tous les auteurs louent les qualités quantitatives et gustatives de cette race. L. MANIN insiste beaucoup sur ces points de productivité. Il donne maintes précisions techniques sur ce qu'on appellerait aujourd'hui les « performances ». Il précise que la qualité de la chair est supérieure

Dès cette époque, l'argenté DE CHAMPAGNE est très prisé pour l'excellence de sa conformation et ses atouts de reproduction.

Mlle LEMARIE en fait une description physique et gastronomique très avantageuse, dans un numéro de VIE A LA CAMPAGNE de 1920: « Tout en étant de banne taille, il est d'apparence plutôt ronde. L’ossature très fine ne ressort pas ; l'ensemble présente ses formes pleines, lisses... croupe bien arrondie... chair de qualité fine, blanche, délicate et courte ».

Actuellement (1999), l'argent DE CHAMPAGNE est étudié a !'Institut National de la Recherche Agronomique de TOULOUSE, dans le cadre du projet RESGEN, concernant les Ressources Génétiques en Europe et leurs caractérisations. Ce sont des adhérents de l'Association Nationale des Argentés qui ont fourni les reproducteurs primitifs, avec le concours logistique de la F.F.C. Malheureusement, les résultats initiaux, c'est-à-dire trouvés a partir des animaux fournis par les éleveurs, ont quelque peu été faussés par les problèmes de la nouvelle maladie sévissant sur tout le Territoire, l'Entérocolite. L'objet consiste à étudier les animaux en situation de production intensive, c'est-à-dire dans les mêmes conditions que celles d'un élevage professionnel actuel. Comparés à 4 autres races, les ARGENTE DE CHAMPAGNE se comportent plus qu'honorablement ; les problèmes soulevés ci-dessus nous empêchent de présenter plus loin les résultats obtenus, de manière a rester objectif, mais l'étude se poursuit et nous aurons l'occasion d'en reparler ultérieurement...

Eu égard a ces résultats, je me plais également à citer ceux du Concours Général Agricole de cette année 99, dans le cadre duquel un lot d'ARGENTE DE CHAMPAGNE est classé Médaille de Bronze. On constate de bons résultats au test de dégustation, à la proportion de morceaux nobles et au jugement de la carcasse, ce qui corrobore les constatations faites il y a des décennies, notamment ce que nous avons vu tout à l’heure, exprimé par MANIN et Mlle LEMARIE,..

Une étude officielle faite par l'I.N.R.A. dans les années 80 sur la caractérisation des performances Zootechniques de l’ARGENTÉ DE CHAMPAGNE, en comparaison à une souche témoin hybride, révélait des résultats très intéressants. Les petites différences constatées en défaveur de l'Argenté relevaient, a mon sens, du fait que les sujets de la race n'avaient pas fait l'objet d'une sélection intensive sur de nombreuses générations précédentes, comme c'était le cas pour les animaux témoins hybrides et, d'autre part, ne bénéficiaient pas des avantages de complémentarité et d'effet d'hétérosis, par la force des choses!

Je voudrais, pour terminer, vous présenter une étude qui n'a pas de prétentions scientifiques, mais qui est très intéressante quant aux constatations flatteuses qu'elle met en exergue en faveur de l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE. Elle a été réalisée en 1978 par un « vieil » adhérent de l'A.N.A.C., le Révérend-Pere Joseph DUCRAMP, en Bretagne, qui a observé d'une part la croissance de l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE et, d'autre part, l'a comparée avec les deux autres races qu'il élevait a cette époque, a savoir le FAUVE DE BOURGOGNE et le NEO- ZELANDAIS BLANC.

Tous les sujets sont élevés sur litière, sous auvent, l'ouverture dirigée vers l'Est, ils reçoivent une nourriture composée exclusivement de 120 g de granulés par jour, avec eau a volonté et grignotent, bien entendu, la paille propre de leur litière. Ils ne sont donc pas forcés par un mode d'alimentation ad libitum. L'étude s'étend sur un an et demi et est menée sur 70 ARGENTE DE CHAMPAGNE. La courbe de croissance est très rapide jusqu'à l'âge de 4 mois, ce qui est donc très intéressant pour la production de sujets commerciaux qui se vendent aux alentours de 2,5 kg a 2,7 kg, poids qui est atteint en 75 jours environ. Comparé aux deux autres races, c'est l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE qui se révèle le plus avantageux, pour divers critères, mais notamment parce que c'est chez lui que la vitesse de croissance se prolonge le plus longtemps, autrement dit, il transforme très bien l'aliment...


Propagation de l'Argenté de Champagne a l'étranger.
Par ailleurs, l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE est un lapin qui a connu un très vif succès, ce qui l'a conduit à être exporté hors de nos frontières, recevant des fortunes et des noms divers.

En ALLEMAGNE, il y a eu plusieurs introductions au début du 20e siècle. Le GÉANT ARGENTE FRANÇAIS y a alors une très grande renommée ; KONIGS le disait comme « le lapin a fourrure de l'avenir et le meilleur lapin de chair ». Cependant, la demande était plus grande que l'offre, ce qui entraîna une production d'animaux causant beaucoup de désillusions, dits « sacs de farine ». Une reprise en main est à l'origine d'une nouvelle dénomination, le GRAND ARGENTE FRANÇAIS qui devient, sous le 3e Reich, le GRAND ARGENTE CLAIR. Un peu avant 1910, sous la houlette de Gustav STEIN, sont pratiqués des croisements qui ont donné l'ARGENTÉ ALLEMAND.

Actuellement, il existe :
- Un cheptel ARGENTE DE CHAMPAGNE, sous la dénomination de GRAND ARGENTE CLAIR (Heller Groß Silber), qui est plus clair et plus trapu que le modèle français et qui donne lieu a un élevage très important, de portée internationale.

- Un cheptel plus réduit, le GRAND ARGENTE ALLEMAND (Deutscher Groß Silber), de couleur fondamentale noir, bleu, jaune ou havane. Jacques ARNOLD dit de ces sujets : « Ils ne peuvent certainement pas être considérés avec la même attention au plan international, comme réserves raciales ».

La SUISSE est le pays qui a le mieux préservé le type originel et a d'ailleurs conservé la dénomination raciale française. Un masque foncé existe qui est la rançon d'une excellente sous-couleur.

En BELGIQUE, un désaccord dans l'appréciation de la teinte entre Belges et Français est à l'origine, en 1960, de l'ARGENTÉ BELGE. Les différences entre ARGENTE DE CHAMPAGNE et ARGENTE BELGE sont minimes.

En ANGLETERRE sont respectées l'origine française de la race et sa dénomination. La population anglaise de CHAMPAGNE est relativement peu importante.

Aux États-Unis D’AMÉRIQUE, sous l'appellation CHAMPAGNE D'ARGENT, on retrouve un bon type, mais avec un développement poussé au maximum des possibilités chair (Oren REYNOLDS : Monsieur CHAMPAGNE) et des qualités pileuses et de couleur.

En tenant compte de ces faits on imagine aisément les brassages internationaux qui ont pu avoir lieu et qui continuent d'ailleurs d'exister. Il est fréquent de constater que des éleveurs français, par exemple, se fournissent aupres de leurs collègues suisses ou allemands, dans le but d'apporter des qualités de conformation à leurs sujets. C'est bien l'occasion idéale de rappeler l'acception équivoque du terme : « race pure ». Des études très poussées sur l'ADN, en biologie moléculaire, ont démontré la réalité de tous ces croisements sur la race ARGENTE DE CHAMPAGNE, alors qu'elles ont en même temps prouvé la « pureté »  du RUSSE. Cela amène à réfléchir sur les conséquences de tout acte zootechnique, si anodin puisse-t-il être...

Un lapin riche de passé, concerné par l'avenir.
L'ARGENTE DE CHAMPAGNE a-t-il su s'adapter au monde moderne ? La production moderne, de plus en plus technique et intensive, ne paraît pas pouvoir lui convenir, du fait du peu d'adaptabilité a un mode de vie sur grillage, car la portance des pattes postérieures est trop faible eu égard a la masse de l'animal, ce qui entraîne rapidement des maux de pattes généralisés. Cependant, ses bonnes performances zootechniques ont attiré l'attention des sélectionneurs d'hybrides qui l'ont inséré dans leurs schémas génétiques.

Peut-être a-t-il une chance a saisir avec l'apparition de nouvelles méthodes d'élevage et de nouveaux comportements alimentaires (lapins bio, par exemple), impliquant une technologie de l'élevage plus traditionnelle, au travers de laquelle il se trouve « bien dans sa peau ». C'est pourquoi les amateurs doivent continuer à manifester l'intérêt qu'il sait faire vibrer en eux !!!

Fil d'Ariane : Documents Publications L'Argenté de Champagne