• Full Screen
  • Wide Screen
  • Narrow Screen
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Documents Publications Présentation des Viennes

Présentation des Viennes

Envoyer Imprimer PDF

Présentation des Viennes        Jacques  ARNOLD         Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973

Historique
Nous dissocions, comme il se doit, les Bleus des Blancs.

Quand il parle du Bleu de Vienne, F. JOPPICH nous dit que c'est une race relativement jeune. Il est certain que quand une race n'a pas un siècle d'existence, elle est encore adolescente. C'est le propre de beaucoup de races de lapins.

Les lapins bleus sont, pour leur part, apparus depuis des temps très reculés et en des endroits très divers, ainsi que bien d'autres coloris. Comme l'a écrit Paul SCHLIE dans le beau livre de Paul MAHLICH, la couleur bleue n'est pas une particularité raciale. Le biologiste Hollandais LEUWENHOEK, au 17° siècle, les connaissait et les décrivait.

E. JAGSCH, auteur d'un opuscule sur le Bleu de Vienne en Allemagne, signale que son grand-père possédait des lapins bleus vers 1850.

H. SCHWAAB parle dans son ouvrage de lapins bleus observés en Moravie en 1860 très fréquemment dans presque chaque maison de journaliers et d'ouvriers tisserands, autour de Heinzendorf et Zwittau. Il appartint cependant à J.K. SCHULTZ d'être reconnu comme le père des Bleu de Vienne, ou plus précisément des lapins de tona­lité gris-bleu qui sont à l'origine de la race. Ces lapins bleus seraient issus de croisements entre lapins dits Lorrains et Géants en provenance de Belgique, avec apport de Béliers. On a même parlé de Lorrains Jaunes et de Géants Noirs. Dans son bel ouvrage sur les lapins de Vienne, F. SCHAEDTLER écrit que ces Lorrains n'étaient pas les mêmes que ceux que nous connaissons aujourd'hui, qui sont des Géants Papillons. La couleur bleu gris correspondait à l'une des nombreuses expressions du pelage dit « agouti-dilué ».

En 1895, quinze lapins furent exposés à Vienne sous la dénomination, Géant Bleu de Vienne, ce qui était justifié puisque leur poids oscillait aux alentours de six kilos. Il semble, du reste, que SCHULTZ recherchait plus la taille et la conformation que la couleur. C'est sous ce nom que ces lapins Viennois firent leur entrée en Allemagne en 1903. A Hambourg en 1905, trente Vienne furent exposés. Par suite de l'orientation sélective que donna le Club International de la race quelques années après, la couleur uniforme d'un bleu soutenu fut seule retenue, et la taille un peu réduite (4,5 kg à 6 kg). Les leaders de ce mouvement qui permit d'assurer l'essor du Bleu de Vienne furent MM. WEIDNER, EHRENTRAUT et OTTEMANN.

On n'avait pas attendu cette époque pour parler du Bleu de Vienne dans d'autres pays européens, et déjà en 1899, Louis Van Der SNICKT, rendant compte Outre-Quiévrain de l'exposition d'Utrecht, disait que cette nouvelle race sortait d'un croisement de Géant des Flandres et d'Argentés. Le nom de Géant Bleu de Vienne, alors pra­tiqué, ne semblait pas satisfaire Polydore de KEGHEL, ex­pert Belge renommé, qui considérait que ce lapin n'avait de géant que le nom. Les auteurs Belges discutèrent mê­me de l'origine de la race, qu'ils pensèrent finalement... Belge.

Aux dires d'Eugène MESLAY, Carlos BLANK de Bréda avait encore une autre opinion. Il faisait descendre le Bleu de Vienne du Bélier Bleu, dont on aurait sélectionné tous les sujets à oreilles plus ou moins dressées pour en faire une race à oreille droite. En Angleterre, la question avait été vite tranchée par l'émersion du lapin Bleu Impérial.

J.J. LEMARIÉ, dans le numéro spécial sur les lapins de « Vie à la Campagne », paru en 1920, résume assez bien la situation en France des lapins Bleus en ce début de siècle : « La lutte d'autrefois entre les anciens et les modernes n'a pas fait couler plus d'encre qu'en ont dé­versé les amateurs de lapins bleus, se disputant la priorité du Bleu de Vienne et du Bleu de Beveren ». Aussi curieux que cela puisse paraître aujourd'hui, on distinguait bien mal les différences entre Beveren et Vienne, en France, avant la Grande Guerre.

Parlant de l'exposition de Paris en 1911, dans son journal « Lapins et Cobayes », E. MESLAY écrit : « Dans les Beveren, il y avait des Vienne et vice-versa. Il est vrai que les différences qui caractérisent les deux races sont bien peu tranchées ». Certains exposants présentaient même des Géants Bleus de Bretagne. Ce n'est qu'à Moulins en 1913 que MESLAY dit avoir vu des Vienne et des Beveren bien caractérisés. Néanmoins ce que Mlle LEMARIÉ a appelé la « salade des lapins bleus » se perpétua un certain temps, malgré les conseils avisés des grands cuniculteurs d'alors. Le standard établi par le Comte Auguste de MONTAIGU, fut adopté par la Société Française de Cuniculture le 24-4-1926.

Ainsi qu'il a été dit plus haut, le Bleu de Vienne se développa vite en Allemagne, où on s'attacha à perfectionner l'intensité et la chaleur de la couleur tout en ramenant le type vers un format moyen. Il en fut de même en Hollande, pays qui adopta très rapidement cette race.

A l'heure actuelle, ainsi que chacun le sait, les Bleus de Vienne sont largement répandus en Allemagne, Suisse et Hollande, et à un moindre degré dans les autres pays du continent. Le Noir de Vienne est élevé beaucoup plus faiblement.

Le Blanc de Vienne, ainsi que nous allons le voir, a une toute autre essence que le Bleu, et en général que tous les Vienne de couleur. Bien que portant le même nom, ces populations n'ont rien de commun.

Hermann ZIEMER, le grand cuniculteur Allemand, nous explique dans le chapitre qu'il consacre au Blanc de Vienne à l'intérieur du livre de Paul MAHLICH, que depuis longtemps beaucoup d'éleveurs souhaitaient obtenir un lapin blanc avec d'autres yeux que ceux caractérisant l'albinisme, c'est-à-dire d'apparence rose rougeâtre. De nombreux essais furent ainsi entrepris sans que les résultats aient été toujours concluants. ZIEMER lui-même n'est parvenu qu'à obtenir un lapin blanc aux yeux bleus, mais avec de grands tours d'yeux teintés, des taches sur la croupe et parfois aux oreilles.

Avec des variations bien entendu selon les sujets, mais jamais il n'a pu obtenir de lapin blanc sans tache. Ces lapins furent nommés Husumer aux yeux bleus, et disparurent au cours de la guerre 14-18. Dans l'ouvrage sur les lapins de P. Mâhlich, deux photos illustrent fort bien l'état de cette population telle que l'avait obtenue H. Ziemer. Celui-ci avait utilisé, pour obtenir ses Husumer, des Hollandais très décolorés, et dont l'hétérochromie de l'oeil était tellement envahissante, qu'en fait l'oeil était pratiquement atteint de Leuzisme et paraissait bleuté. Nous verrons plus loin de quoi il retourne exactement.

Le cheminot viennois W. Mucke, qui poursuivit le même travail de décoloration du Hollandais aux alentours de 1900, arriva, lui, à un résultat positif puisque officiellement il est le père du Blanc de Vienne, qui fit son apparition en 1907. Il semble que l'éleveur Schutze, de Râtingen, soit parvenu aux mêmes résultats, peu de temps après, mais son élevage fut anéanti durant la grande guerre.

Ernst ORDEL, de Tängermunde, fit venir de Vienne en 1910 des Blancs de Vienne en Allemagne. Max HILLE, de Schonlide en Bohème, qui entretenait un très important clapier, exploita la race avec succès, et possédait alors des sujets de 6 à 7 livres bien typés.

F. SCHAEDTLER rapporte dans son bel ouvrage sur les Vienne, qu'en 1912 à Utrecht (ornitophiliä) deux sujets étaient présentés parmi les « autres races ».

L'origine « Hollandais » du Blanc de Vienne en a fait un type plus petit que le Bleu de Vienne, ce qui est compréhensible. Toutefois des croisements pour agrandir la race furent certainement vite entrepris, ce qui eut pour effet de produire des différences de taille et de format. Il est assez curieux de noter qu'à l'exposition de Paris de novembre 1912, deux couples de Géant Blanc de Vienne étaient inscrits. Parmi les numéros spéciaux de « Vie à la Campagne », il faut attendre 1923 pour que la dénomination Blanc de Vienne soit adoptée. Le standard présenté par Auguste de MONTAIGU fut adopté par la S.F.C. le 24-4-1926.

La race est fortement représentée actuellement en Allemagne, en Suisse et en Hollande.

Caractères de race
Les Vienne représentent le type cylindrique accompli du lapin.

Le standard Français a, par des termes appropriés, mis nettement en évidence la disposition et la constitution idoines des parties du corps pour obtenir ce type cylindrique. Il n'y a pas lieu d'insister davantage la dessus, si ce n'est pour faire ressortir la position dorsale très peu incurvée, voire pratiquement plane, pour donner l'apparence cylindrique souhaitée. La puissante musculature assez rebondie confirme encore davantage ce type.

Le Blanc de Vienne a toujours eu un modèle réduit par rapport au Bleu. Toutefois les fourchettes de poids du standard Allemand (1970) oscillent entre 3,250 à 5,250 kg pour le Bleu, et 3,000 à 5,000 kg pour le Blanc. Ces différences sont minimes.

La conformation idéale d'un lapin de Vienne est, en fait, assez difficile à obtenir, et à maintenir. Ceci est peut-être encore plus vrai chez le Blanc que le Bleu. Les déviations ou caricatures de type surviennent rapidement, soit que l'animal soit trop allongé, soit qu'il soit ramassé, soit encore que certaines parties du corps soient dispro­portionnées par rapport à l'ensemble, soit que la musculature soit insuffisante, soit que l'animal semble pléthorique par engraissement excessif. Les Allemands ont possédé incontestablement les meilleurs Blancs de Vienne, et l'apogée fut à mon sens obtenu lors de l'exposition de Stuttgart 1966. Je n'ai jamais pu revoir en Allemagne depuis de tels animaux, où tout s'harmonisait de la conformation à l'épaisseur de la peau et à la qualité de fourrure.

La tendance actuelle vers un lapin blanc agile, aux oreilles un peu pointues, à la fourrure parfois hirsute n'est pas du tout satisfaisante. Les Suisses qui longtemps ont possédé des Blancs de Vienne plus élancés, en un mot pas assez typés, semble au contraire s'approcher davantage aujourd'hui du type souhaité. Pour ce qui est du Bleu de Vienne, les déviations de type sont moins notoires. Quand elles se font jour, elles sont remarquées au sein d'un même cheptel, et ne correspondent donc pas précisément à des tendances d'élevage d'un pays à l'autre. De tout cela, l'éleveur doit retenir que la conformation cylindrique doit être surveillée de très près chez les lapins de Vienne, et qu'il n'est pas aussi aisé de parler du « type Vienne » que d'aucuns le pensent !

La fourrure doit aussi être suivie d'une façon très attentive. Elle doit avoir une bonne tenue plaquée, être dense, suffisamment souple et brillante. Ce brillant doit particulièrement bien ressortir chez le Blanc de Vienne, contribuant à parfaire la tonalité un peu givrée.

La couleur du Bleu de Vienne mérite quelques explications. Les Allemands la décrive comme allant du Bleu Pigeon Foncé au Bleu Acier. Il est sans doute délicat de s'accorder sur ces nuances, mais là encore les Allemands fournissent quelques explications sur ces nuances. Le Bleu pigeon foncé vu à 8 ou 10 pas paraît nettement bleu foncé, tandis que le Bleu acier au même éloignement semble noir tout en laissant distinguer une belle lueur bleue.

En dehors de ces limites, la teinte est trop foncée tendant vers le noir, ou au contraire trop pâle s'atténuant rapidement vers le grisâtre avec à la pointe des poils un givrage anormal, qui engendre des anneaux gris autour des oreilles ; les vibrisses se décolorent alors en tout ou en partie. La teinte soutenue doit descendre aussi profondément que possible dans la fourrure. La sous couleur, tout en étant plus pâle, doit rester dans la tonalité bleutée, sans jamais être grisâtre ou brunâtre. La bonne teinte est évidemment conditionnée par une fourrure adéquate.

Le phénomène de la rouille mérite de retenir l'attention. Il y a la rouille normale qui se manifeste avant les périodes de mue, et qui est le propre de tous les lapins unicolores. La rouille anticipée ou trop prononcée peut être due à un mauvais état de santé, ou à un état de malnutrition caractérisée. Il existe des rouilles d'origine génétique qui, elles, doivent retenir plus spécialement l'attention des éleveurs.

On croit trop souvent qu'en abritant des lapins de l'ensoleillement, on évite le phéno­mène de rouille. Or, à exposition identique, certains sujets deviennent fortement roussâtres alors que d'autres ne changent pratiquement pas de teinte. Ceci est aussi vrai pour un Bleu de Vienne que pour un Havane ou un gris perle, et dépend de la constitution pigmentaire des sujets. La sélection a donc une influence certaine ici.

Pour terminer, examinons la couleur des yeux. Chez le Bleu, l'iris doit être gris bleuté assez foncé. L'iris gris de tonalité insuffisamment soutenue est un défaut au même titre que l'iris marron foncé.

L'œil bleu du Blanc de Vienne est totalement différent. Ici l'iris est d'un bleu clair très pur. Sa couche profonde seule est pigmentée, et est voilée par l'opalescence de la couche antérieure dépigmentée, ce qui donne cette apparence bleue claire. C'est le phénomène de leuzisme, que l'on rencontre également chez le Polonais aux yeux bleus.

C'est là le terme extrême de la panachure, avec pour intermédiaire les yeux tachés ou hétérochromes, et aussi les yeux vairons. Parfois, les yeux du Blanc de Vienne présentent une tonalité plus mauve rosée que bleue. C'est là une tendance vers l'albinisme totale avec dépigmentation partielle de la couche profonde de l'iris. Il s'agit, bien entendu, d'un défaut qui, comme tel, doit retenir l'attention des éleveurs.

Chez tous les Vienne, la teinte définitive doit s'être manifestée à huit-dix mois.

Fil d'Ariane : Documents Publications Présentation des Viennes